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jeudi 26 avril 2018

Captive ( Alias Grace)



Comme The Handmaid's Tale, cette mini série canadienne, disponible sur Netflix, est également une adaptation d'un roman de Margaret Atwood. Bien qu'elle soit moins puissante et percutante (et aussi beaucoup moins médiatisée) Alias Grace possède la force, la concision et le charme du format mini série : soit le parfait équilibre entre la série et le film. Une écriture plutôt élégante, une mise en scène sobre et des acteurs pas mal du tout en font un spectacle de très bonne facture. La série se démarque surtout par son fond et sa démarche, plus éloignés des standards classiques qu'à l'accoutumée. 

Le traitement de la folie et de la psychanalyse sont traités de manière assez classique dans un premier temps puis devient progressivement plus retors et fascinante à bien des égards. Pour le spectateur au final tout devient aussi troublant que convaincant et laisse une très bonne impression. L'écriture n'hésite pas à prendre le temps de nous dépeindre les différents points de vue, la religion et les conditions de la femme et des classes modestes du 19ième siècle sur les premiers épisodes. Les six épisodes possèdent leurs rebondissements narratifs bien propres à eux et ne sont pas tous calibrés comme dans des séries plus populaires. Tout monte progressivement en puissance pour donner une série intègre et solide.

Sous l'oeil protecteur de David Cronenberg (à la production mais aussi à l'écran), la série possède également quelque chose de très agréable contrairement à la plupart des productions actuelles (et de Netflix notamment) celle de prendre son temps mais aussi d'aller dans le non dit, la suggestion et de ne pas tomber dans l'explication sur la fin. A la toute fin, la série vous laissera réfléchir sur bien des points comme sur la sincérité des témoignages, de la psychanalyse et bien entendu des sentiments. Entre perversité, mensonge, amour et sincérité tout se chamboule un peu comme dans un film du réalisateur de Faux Semblants, en moins subversif, mais en belle production télévisuelle appliquée et juste. Je recommande donc d'y jeter un oeil. 

Réalisation : Mary Harron
Scénario : Sarah Polley 
Adapté du roman de Margaret Atwood
Durée : Six épisodes de 45 minutes. 
Interprétation : Sarah Gadon, Edward Holcroft, Anna Paquin, Zachary Levi, David Cronenberg... 

mercredi 27 avril 2016

Vinyl



Genre : Sexe drogue and rock and roll

Cela faisait de longues années que Mick Jagger et Martin Scorsese se consentaient pour faire un film sur le rock. Au fil du temps c'est donc une série qui s'est lentement profilée et finalement produite par la célèbre chaîne HBO. Scénarisée par Terence Winter, le pilote de presque deux heures est réalisé par Martin Scorsese et les neuf autres par de solides artisans sur les pas du cinéaste. Alors bien ou pas bien ? Sans être une grande série, Vinyl ravira avant tout ceux qui ont surtout les références musicales et les fans du cinéaste. 

Je pense qu'avant tout pour apprécier cette série tout dépendra de votre génération et surtout de votre culture musicale. Le public visé sont les quinquas qui connaissent leurs standards musicaux de l'époque ou ceux qui ont de la culture musicale de ces années là. Niveau climax et développement, on est loin des produits à la mode également. L'écriture, de Terence Winter prend le temps de développer ses nombreux personnages, une époque et une industrie qui partent en vrille. Tout est baigné dans la nostalgie, le chao de la violence, l'argent, la drogue et la route du succès. Toutes les pistes s'éparpillent entre les dégâts de la drogue et le "bordel" musical de l'époque où l'on ressent en permanence une mutation des goûts du public pour la musique, ainsi que des générations musiciens, de cultures et de modes.

Le personnage campé par le génial Bobby Cannavale est un genre de Tony Montana qui a déjà réussi son ascension et qui voit se profiler lentement une mort au niveau professionnel et sentimental. Finestra est un personnage très Scorsesien, hanté par ses démons, toujours troublé par le choix du bon et du mauvais chemin ou encore témoin d'une illumination, tel un messie, un prophète incompris dans l'univers musical des années 70. Tout cela est abordé sans véritablement être approfondi. C'est d'ailleurs ce que l'on peut reprocher à la série de seulement esquisser une époque et ne pas vraiment aller au fond des sujets. Mais aussi peut-être n'est ce pas son plus grand plaisir ? Celui de se laisser bercer par les reconstitutions, la merveilleuse bande son et les anecdotes assez succulentes sur des légendes de la musique. A vous de voir, les acteurs quant à eux se font plaisir et cela se voit. 

Ceux qui ont les références de séries télévisuelles actuelles ne manqueront pas de faire un gros parallèle avec Mad Men. Je pense que bien d'autres grandes séries peuvent ombrager l'originalité de Winter pour le coup mais au fond d'elle même, Vinyl est honnête et c'est peut-être ce qui est le plus important. Il n'y a qu'à voir le pilote de Scorsese qui est le plus virtuose, le plus étiré et surtout le plus cinématographique. On est entre Le loup de Wall Street (écrit par Terence Winter aussi) et le génial A tombeau Ouvert, soit un long métrage scorsesien assez bluffant qui se penche également sur un côté beaucoup plus nostalgique à la Jim Jarmusch. On retrouve la touche musicale et les anecdotes de Mick Jagger et les thèmes de Martin Scorsese tous écris avec un savoir faire aussi classique que solide. Toute l'essence de la série est dans le pilote. Sans doute aussi la meilleure scène de la série, la plus surréaliste et la plus représentative de l'ensemble de la structure : celle de la salle de concert qui s'effondre par la musique. Du grand Scorsese d'ailleurs, encore une fois. 

Le pilote est porté par la maîtrise du cinéaste des Affranchis, les suivants par un peu plus de rebondissements. Entre classicisme et points de vue beaucoup plus envoûtants, la série est toujours le cul entre deux chaises mais plaisante à suivre en terme de mise en scène. Tout est maîtrisé pour faire ressortir assez finement une touche à la fois très artistique et documentaire sur le New York de l'époque. A la fois assez humaine et complètement dénuée de pathos, l'écriture garde le cap et reste tranquillement sur son îlot musical. Est ce que c'est de la non prise de risque et une énorme imposture de finalement ne pas raconter d'histoire sur dix épisodes ? Cela peut se ressentir mais à mon avis, tout est calculé dès le départ pour que le plaisir de la série viennent ailleurs que pour ses péripéties et son air de déjà vu. 

Le grand charme de cette série se dégage à mon goût par le parfum seventies et le bain musical qu'il se dégage. Vinyl est un grand film qui a juste le format et l'ossature d'une série classique. Comme dans pas mal de films de Scorsese tout est bien plus profond que la simple intrigue contée. On retrouve dedans ce qu'il y a de plus excitants dans ces années, un New York qui bouge et une musique, une culture carrément qui est en constante effervescence, mouvance et évolution. Une ébullition de culture qui fait plaisir à voir dont les créateurs rappellent avec une certaine élégance que finalement l'art et son public est un peu à l'image de New York, une grande ville composée de pleins de communauté différentes et qui ne se mélange pas tant que ça. Il en faut pour tous les goûts, il n'y a pas vraiment de recettes ni au succès, ni à la qualité. Un produit réussit ne dépend que des références d'une époque et d'une attente du public bien précises.

La série est aussi plaisante que de se réécouter des vieux standards mais avec l'âme, la touche visuelle et immersive de l'époque en plus. Le générique correspond tout à fait à la série d'ailleurs. Vinyl est une série qui porte parfaitement bien son nom, couvrant de plaisir le public qui aime se replonger dans ces différentes références musicales mais au risque de profondément ennuyer celui qui ne les connais pas et qui recherche une série plus proche des standards actuels. 

La saison 2 étant annulée, cette série se retrouve à moitié handicapée au niveau de son développement de personnage et désormais se repose uniquement sur la nostalgie, le côté documentaire et immersif de la musique des années 70. Finalement, peut-être que l'on retiendra de Vinyl, un pilote qui fait figure d'un film de Martin Scorsese, une coquetterie du cinéaste à part entière que l'on peut prolonger en regardant les autres épisodes. 





jeudi 24 décembre 2015

Orange is the New Black



Créée par Jenji Kohan 
Tiré du livre de Piper Kerman Orange is the New Black : My year in a women's prison

Genre : Oz au féminin

Faire une série dans une prison n'est pas chose facile, surtout  de passer derrière Oz de Tom Fontana. Le défi est plutôt bien relevé, tout du moins sur les deux premières saisons. Le script est exactement sur la même base de la série de Tom Fontana  de manière plus adoucie. Les scénaristes ajoutent avec délicatesse une certaine dose d'humour et d'émotion dans l'univers carcéral très noir et violent que l'on a vu dans Oz. On retrouve un bon équilibre entre la comédie et le drame dans des péripéties plus ou moins palpitantes mais qui sont tout de même bien écrites. Si la saison 3 est bien faible, j'espère que la saison 4 saura relever le niveau et atteindre le niveau des deux premières.


Saison 1 :

Au début j'ai eu un peu de mal avec ce mélange pas toujours bien géré de bons sentiments et l'univers noir et impitoyable de la prison. Piper est exactement Tobias dans OZ, l'agneau qui doit se transformer en loup une fois dans la prison. Si la série est beaucoup plus douce, plus humaine qu'Oz elle se base exactement sur la même construction en modèle. On montre le passé du personnage suivit d'une intrigue de qui a le pouvoir sur qui et surtout comment. C'est assumé d'ailleurs quand une des personnages dit que ce n'est pas comme dans Oz. Le pilote est plutôt pas mal mais la suite est bien meilleure car le scénario développe très bien la tension et l'émotion et dresse une galerie de personnages nuancés des deux côtés des barreaux. 

Très référencée, la série ne croule pas dans les hommages et fait son chemin en étant généreuse en tout point pour son public. Les dialogues sont bons et les intrigues arrivent de manières plutôt habiles et naturellement. Tout n'est pas too much hormis cette histoire de couple qui n'est finalement pas intéressante. Le scénario est à côté suffisamment solide pour bien engager la saison 2. Cette saison 1 suit particulièrement le point de vue de Piper, cruche et intelligente à la fois tout en restant attachante. La prison est présentée comme l'antre de l'insécurité mais avec une vie sociale beaucoup soft, plus normale on va dire que dans le quartier de haute sécurité de la plupart des prisons. La violence physique est remplacée par la manipulation, tout ce qui a de plus féminin. On retrouve également un état des lieux plutôt intéressant sur les problèmes de budget dans les prisons, ainsi que l'engrenage du pouvoir et des responsabilités à toutes les échelles. Les conditions des prisonnières sont souvent montrées du doigt, victimes des économies et entourées d'hommes de garde et non de femmes. Comme Oz, la peinture est bien étalée et loin d'être too much. Elle est plutôt adroite et intéressante. 

Si la mise en scène n'est pas transcendante, elle est plutôt efficace, surtout quand c'est Jodie Foster qui s'y colle car son épisode est de loin le mieux réalisé et le plus rythmé. Très classique mais on retrouve une belle direction d'acteur, un équilibre réussi entre les vieux films de studios des années 50 et les séries modernes. Plutôt agréable à suivre, la sincérité prend le dessus des légers défauts. J'adhère. 

Saison 2 :

Après une première saison, les scénaristes nuancent beaucoup plus les personnages et je trouve que c'est un tour de force. La noirceur fait place à la description des personnages, ce qui rend la prison beaucoup plus chaleureuse au spectateur. On s'attache clairement aux personnages, qu'ils soient détestables ou attachants. On regrette toujours l'histoire d'amour qui se brise du côté de Piper et son fiancé. Ces deux personnages sont là que pour conforter Piper à retourner vers son ancienne compagne. 

Sinon, la narration est extrêmement habile et monte avec un superbe crescendo en suspense  pour arriver aux deux derniers épisodes au sommet de la virtuosité de la série. Bien que les scénaristes nous ont attendris légèrement l'ensemble des détenues et mis uniquement Vee en grande méchante, cette dernière est superbement traitée. C'est la garce manipulatrice par excellence. Véhiculée par des flash back efficaces et qui ne mangent pas trop le temps de l'épisode, la narration distille un très beau savoir faire qui fait plaisir à suivre. Oui on prend du plaisir à suivre ces histoires qui sont développées bien comme il faut contrairement à pas mal de série. Pas de frustrations, tout se décante au dernier épisode. 

La série prend le tournant de prendre aussi bien le parti de l'action que celui du sentimentalisme. C'est réussi car tout est subtil, très humain et jamais too much. Le scénario vise juste et les personnages sont tous bien dans leur rôle. L'interprétation est là pour donner un bon coup de pouce à ce défi, toutes ces actrices sont remarquables. Comme dans pas mal de séries, un bon gros nettoyage se fait à la fin mais tout est bien amené, de manière subtile, honnête et par moment jouissive. 

Une saison 2 dans la continuité de la première. Différente mais tout aussi brillante.

Saison 3

C'est une grande déception. Sans aucun fil conducteur, les scénaristes sont en grande panne d'inspiration et se reposent sur le quotidien des détenues la prison. Dans l'absolu, c'est osé, mais dans le fait c'est soporifique même si on prend plaisir à découvrir le passé des personnages. Tout est dénué de suspense, les intrigues ne sont pas très intéressantes et s'étendent sur des longs épisodes. Tout fonctionne au ralenti et rien

On suit poliment la série qui reste proche des personnages que l'on a suivi depuis le début. Tout est guindé, avec des péripéties qui ne sont pas aussi bien travaillées ni amenées que dans les précédentes saisons. Il y a eu du nettoyage chez des personnages importants, on s'ennuie de ce script qui veut trop rendre de la compassion chez toutes ces détenues. Rien que de voir ce qu'ils ont fait au personnage de  Doggett en est la preuve, elle est devenue extrémiste dangereuse en loque soumise sans personnalité du jour au lendemain. 

La série cherche aussi à rendre beaucoup plus antipathique Piper et ça ne fonctionne pas vraiment même si au dernier épisode son geste final le réussit. Petit surf (assumé) sur la mode de Breaking Bad. Bref, c'est du ratage pour ma part et j'espère que la saison quatre prendra la résolution de relancer des intrigues et une vraie essence narrative que nourrissaient agréablement les deux premières saisons. 

Saison 4 :

Les scénaristes se sont repris en main et marchent cette fois sur les pas des premières saisons exceptionnelles d'Oz. Sans pour autant copier, un souffle politique contemporaine s'ajoute pour ajouter une noirceur brillante et souvent palpitante. Les personnages deviennent tous attachants à leur manière, les événements sont amenés de manière audacieuse. On apprécie pas mal de subtilités. 

Cette saison offre ce qu'il y a de mieux jusqu'à maintenant dans la série avec une belle continuité. Du début à la fin elle monte en puissance pour terminer en émeute, le final est un suspense total. La série montre qu'elle peut proposer autre chose que les deux premières saisons avec un point de vue beaucoup plus noir. 

Rythme et scénario aussi dense qu'intelligent, il serait dommage de s'arrêter après une saison 3 mollassonne car le meilleur est à suivre. 

Saison 5

Toute la saison se passe pendant l'émeute. C'est au final un mélange de la saison 3 et de la saison 4, un peu irrégulier mais prenant tout de même car les personnages et les intrigues sont bien travaillées. Pas vraiment de suspense mais les personnages sont les stars. Avec des dialogues très bien travaillés, on se laisse prendre au jeu à une saison récréation plutôt juste dans la manière dont se déroule les fait. 

Un souffle féministe se dégage du début à la fin hanté par le drame de la saison précédente. Les personnages se dévoilent, changent de camps ou se trouvent. Des fois les scénaristes ne savent pas trop quoi faire de certains personnages principaux (Piper). Il reste quand même pas mal d'humour et des clins d'oeil plutôt sympa. 

On attend la prochaine saison, espérant qu'elle soit du niveau de la saison 4. Malgré ses défauts, Orange Is A New Black reste une série contemporaine de qualité et essentielle. 

Note Saison 1 & 2 : 8 / 10  
Note Saison 3 : 4 / 10
Note Saison 4 : 9 / 10
Note Saison 5 : 7 / 10

dimanche 7 juin 2015

Fargo



Saison 1 :

Synopsis :

Lorne Malvo, tueur à gages et manipulateur hors pair verse le sang sur son passage. Notamment dans la petite ville du Minnesota en émoi suite à quelques cadavres laissés ici et là. Adjointe du shérif très futée, Molly Solverson mène son enquête. Parviendra t elle a faire éclater la vérité ?

Genre : Twin Peaks et Breaking Bad chez les Coen

Série inspirée du film des frères Coen Fargo.

A l'annonce de cette série, je ne cache pas que j'ai trouvé ça étonnant et même un peu commercial de faire bifurquer le chef-d’œuvre des Frères Coen en série. Ensuite quand j'ai appris que les deux créateurs étaient producteurs exécutifs et que Billy Bob Thornton et Martin Freeman seraient dedans : là, ça m'a tout de suite donné l'envie de la voir. Lorsque l'on voit le résultat tout doute est balayé dès le pilote, il faut avouer qu'en plus d'être superbement écrite et mise en scène cette série est simplement grandiose dans tous les sens du terme.

Même si ce ne sont pas les frères Coen aux commandes, on retrouve une série qui en garde l'esprit par son côté noir, violent et décalé mais aussi imprévisible. Un créateur et scénariste nommé Noah Hawley et trois réalisateurs s'unissent et s'affranchissent les codes des séries classiques pour signer un remarquable policier dans l'univers du film Fargo. Remplie de surprises, d'inventivités de mise en scène et d'une galerie de personnages plus ou moins attachants (complètement fous, débiles, charismatiques, intelligents ou antipathiques : vous avez le choix ! ) cette série possède un parfait compromis entre l'esprit original des frères Coen et l'inventivité que l'on peut attendre d'une série aujourd'hui. On se retrouve chez les frères Coen avec des traits scénaristiques et leur ton particulièrement appuyés pour notre plus grand plaisir. Tout est exagéré mais ne tombe jamais dans le ridicule ni la parodie car tout passe par une sublime mise en scène. Le thème musical de Fargo est reprit ainsi que le rythme lent et contemplatif parsemés de situations cocasses et noires.

Étendu sur dix épisodes la série reprend en quelques sortes les codes de la célèbre série Twin Peaks mais dans l'univers des Frères Coen. C'est simplement jouissif. On retrouve un peu le personnage de William H Macy dans celui interprété par Martin Freeman, la policière enceinte intelligente et attachante ou encore l'argent perdu laissé par Steve Buscemi ici retrouvé traités avec de belles habiletés. La série a également le très bon goût de ne pas se cacher derrière les références et le ton de manière trop respectueuse des frères Coen. Tout en étant respectueux le scénario propose des morceaux de bravoures superbes et marquants. Surtout en développant le génial Billy Bob Thornton en tueur très référencé au Javier Bardem de No Country For Old Men, plus bavard mais aussi plus violent. C'est une promesse plus que remplie car c'est aussi la grande force de la série. En face les policiers et la galerie de personnages stupides sont là pour nous rappeler que nous sommes toujours dans l'univers déjanté des Coen. Jamais niaise, ni parsemée de clichés, c'est avec une sobriété et une constante tension que la série surprend de bout en bout et ceci même avec le rythme lent. Jamais un générique n'est pareil, ni la durée, ni la construction scénaristique de l'histoire ce qui rend un côté bien plus imprévisible à l'ensemble. Le pilote et dernier épisode sont un peu plus longs que les autres, les épisodes 7 et 8 un peu plus lents dans le rythme et la narration mais tous gardent l'attention et le suspense par une superbe écriture. Le travail et la mise en scène au millimètre entretiennent un suspense lent et un magnétisme d'une redoutable efficacité. C'est jamais brouillon, souvent énigmatique et avec des répliques venue de nulle part, un peu à l'image de la série. Une véritable bouffée d'air frais qui se démarque de toutes les séries actuelles qui à côté de Fargo ne sont presque que des amuses bouches écrites et montées pour regarder l'épisode suivant. On est ici dans une série purement cinématographique et peut-être le meilleur exemple à donner et à suivre de cette mode envahissante.


Interprétation, écriture, mise en scène, musique, montage tout est brillant et magistral dans cette première saison. Le film et l'esprit des frères Coen sont tous deux respectés tout en proposant du spectacle de haut de gamme. Son lot de surprises, son efficacité et son humour noir mortel dans tous les sens du terme. Fargo pour moi c'est tout le meilleur de l'intégralité de la série Breaking Bad en terme de développement et de suspense. D'ailleurs on retrouve l'excellent Bob Odenkirk dedans également. Une série surprenante avec des acteurs et des dialogues exceptionnels qui ne se noient pas dans les rallonges, la psychologie et le suspense inutile. Pour ma part les répliques de Billy Bob Thornton vont certainement me hanter et me rassasier de serial killer pendant pas mal d'années. Vivement la saison 2 en espérant que le spectacle soit du même acabit.  En attendant, je confirme haut la main que ce bijou mérite son engouement et ses notes dithyrambiques au même titre que le film original des frères Coen. C'est dire le niveau. 

Note : 10/ 10





Saison 2 :

Genre : Coen et Tarantino à la sauce 70's

Après une monumentale première saison, cette seconde saison se faisait attendre de la part de pas mal de fans. Peut-être un peu trop car je la trouve un peu inférieure à la précédente alors qu'elle reste tout de même un grand moment de télévision. 

On revient dans le passé de la première saison, dans les années 70, des looks aux split screen en masse, tout est au rendez-vous pour nous replonger dans l'univers de Fargo. De beaux personnages toujours (ultra) violents que (ultra) bavards et (ultra) charismatiques nous sont présentés mais de manière un peu plus lisse et sage que dans la première saison. Le fond de la première saison suivait plus le discours fou du tueur interprété par Billy Bob Thorthon alors que dans cette saison, on flirte plus sur celui du flic incarné par le très bon Patrick Wilson. Du coup l'ensemble paraît un peu plus sage et respectueux mais pas moins dénué de qualité. 

Pas de panique pour autant, si tout est plus sage, la saison possède son lot de surprises et de belles scènes. On se retrouve avec une guerre de famille mafieuse comme dans Miller's Crossing avec un couple de losers assez génial (Kirsten Dunst et Jesse Plemons) et les policiers fidèles à l'esprit de Fargo. On retrouve un indien marginal à la Sam Peckinpah et un black bavard tout droit sorti d'un film de Quentin Tarantino, les dialogues à l'appui de la référence. C'est très souvent savoureux. 

Noah Hawley continue à osciller de manière assez virtuose dans le juste équilibre de l'hommage au cinéma des frères Coen et la série d'auteur. Si la mise en scène est plus sage que la précédente saison, on apprécie le savoir faire, les clins d'oeil et l'écriture qui fonctionnent et nous transportent dans une intrigue qui ne manque pas de surprise et de suspense. Encore une fois sans être niais et sans entrer dans les facilités, chaque épisode impose son rythme, son message et se met au service de l'histoire. Jamais on ne ressent un cahier des charges, la série est un long film qui se fait et nous fait plaisir, comme la première saison. On peut donc dire que la continuité est respectée.

Belles musiques, interprétations et dialogues solides, on ne regrette pas ce retour dans le passé quand on assiste à la fusillade finale, entre Sam Peckinpah et Steven Spielberg, ou encore l'épisode 8, savoureux huis clos porté par le personnage illuminé de Kirsten Dunst. La première saison était si exceptionnelle qu'il serait dommage de penser que celle ci ne vaille pas le coup d'oeil. Au contraire, il faut la voir car elle symbolise cet âge d'or actuel de la série télé ou tous les scénaristes du cinéma s’éclatent à écrire les histoires qu'ils veulent et aiment. Une partie de plaisir souvent partagée quand le résultat est à la hauteur de Fargo

Note : 8 / 10

samedi 25 octobre 2014

Gossip Girl (intégrale)



Synopsis :

La vie dans l'Upper East Side, haute société New Yorkaise, où les problèmes, souvent sentimentaux ou plus ou moins futiles, sont à la source de plusieurs manipulations, coups bas dans la jeunesse dorée de Serena, Blair, Nate, Chuck ou encore Dan.

Genre : Les liaisons vachement sucrées.

Adapté des livres de Cecily von Ziegesar.

Voici un bilan saison par saison avant un avis global.

Saison 1 (6/10) :

Série bien rythmée, alternant les sentiments culcul la praline avec des scènes de manipulation réjouissantes de manière habile et efficace. La bluette entre Serena et Dan devient vite lourdingue et heureusement pour nous sans cesse rattrapée par les personnages de Chuck et Blair, personnages beaucoup plus intéressants et ambigus pour l'instant.
Une saison mi figue mi raisin donc mais dont le rythme et les intrigues s'enchaînent si rapidement que l'on ne s'ennuie pas. Du bon divertissement, même si cette série est clairement visée pour un public féminin, ne boudons pas des qualités d'écritures bien plus rigoureuses et généreuses que pas mal de séries. Un bon savoir faire rend le tout divertissant. 

Saison 2 (6/10) :

Saison plus longue que la précédente qui garde la même recette et finalement la même facture de la précédente, même si les ressorts se répètent parfois trop rapidement et pas de manière pas toujours très subtile. L'impression de patauger dans la semoule se ressent un peu parfois, il y a des bonnes couches de sucre par moment qui se ressentent dût à un étirement excessif des sentiments. Mais les ragots et l'ampleur des différentes intrigues prennent une nouvelle fois le dessus pour ne pas avoir le temps de trop s'ennuyer. Le couple Blair / Chuck deviennent bien plus prenant contrairement à celui formé entre Dan et Serena, barbants et épuisants au possible avec leurs sentiments alourdis et niais.

Saison 3 (4/10) :

Les ressorts se répètent, les rebondissements s'usent et les mêmes histoires sont trop rallongées au point de souvent s'ennuyer et de ressentir pas mal de grosses lourdeurs. Si Blair et Chuck jouent au monopoly à leur manière, ils restent encore de loin les seuls personnages intéressants parmi tout leur entourage majoritairement niais, pompeux et complètement idiots. Les ragots cette fois ne sont pas vraiment palpitants, les intrigues sont trop rallongées et manquent surtout d'originalité en plus de vivacité. La fraîcheur de la première saison s'est presque totalement envolée pour laisser place à des couches de sucre provocant parfois l'indigestion. Ne parlons même pas de la psychologie bidon de certains personnages qui en deviennent complètement écoeurant. Cerise sur le Pudding le personnage de Serena est d'une débilité à souhait et tellement insupportable qu'on ne peut l'imaginer. Même si l'épisode final de la saison relève un peu le niveau par un suspense inattendu cette saison n'est pas palpitante niveau intrigue; plombante par un traitement lacrymal et cucul la praline à souhait.

Saison 4 (6/10) :

Beaucoup plus régulière niveau rythme et des ses intrigues que la saison précédente, cette quatrième saison possède un meilleur équilibre d'écriture entre les sentiments, les ragots et les mystères qui demeurent plus palpitants. Cette saison revient donc plus dans la facture finale des deux premières. Si on se détache complètement du personnage de Serena (les personnages principaux aussi d'ailleurs), c'est Blair et Chuck comme d'habitude qui attire encore tout l'intérêt une nouvelle fois. Psychologie de bas étage et sentiments sucrés sont opposés à des mystères toujours non élucidés et des nouveaux personnages qui remplacent pas mal de disparus entre temps comme Jenny, Eric ou encore Vanessa: la monnaie nous est rendue par un honnête divertissement. 

Saison 5 (6/10) :

Exactement sur les mêmes ressorts que d'habitude et avec une régularité proche de la saison précédente, le rythme et les intrigues s'émoussent pour remonter un peu dans les derniers épisodes avec son petit lot de révélations et manipulations détonantes. On observera toujours des grumeaux de bons sentiments plaqués aux différents ragots plus ou moins réjouissants qui du coup ne donne pas toujours une pâte très homogène. C'est donc toujours souvent trop sucré, les personnages restent ou deviennent tous un peu plus culcul en restant si proche de leur superficialité qu'ils en deviennent incohérent. En face des intrigues un peu "Bass" et des ficelles parfois bien lourdes, la relation entre Blair et Chuck prend une tournure assez surprenante et assure le show. Serena devient encore plus détestable, les scénaristes se déchargent dessus tout le long car le niveau de psychologie, le charisme et son interêt devient absolument minable, encore plus que ce qu'il ne l'était rikiki avant. On ne sauvera en plus sûrement pas le talent de Blake Lively car elle en a visiblement aucun à part réciter platement son texte et minauder son numéro de pouffe écervelée. Heureusement cette saison irrégulière reste divertissante grâce au piment apporté avec le personnage de Georgina (excellent Michelle Trachtenberg). Cette dernière est présente plus souvent que d'habitude pour notre plus grand plaisir. Sinon rien de neuf du côté de la bourgeoisie Newyorkaise. 

Saison 6 (6/10) :

Cette ultime saison divisée par deux par son nombre d'épisodes par rapport aux quatre précédentes mais avec tout autant de rebondissements et d'intrigues. Malgré une certaine mollesse des ressorts, toujours répétitifs bien sûr, toutes les révélations s'orchestrent et se recoupent de manière très professionnelle mais souvent sans grande surprise, car les histoires sont toujours assez creuses dans ce monde là. C'est souvent un peu rapide que l'intrigue en devient risible et entre dans la caricature de la série. Le reste du temps on suit ces dernières aventures avec un certain plaisir. Celui de voir pour la dernière fois tous ces loups bourgeois aussi superficiels qu'attachants qui n'en finissent jamais à se tirer dans les pattes et de voir une résolution s'approcher, même si elle aurait pu se faire une bonne saison avant. Un peu baclée dans le fond et expéditive dans la forme cette saison est moins ennuyeuse et étrangement dominée par l'emprise de Bart Bass (le retour) sur tout ce grand Monde de la bourgeoisie pour la première fois de la série. Cette dernière saison de Gossip Girl est finalement à la hauteur des autres. Même si les ressorts sont complètement usés au point de rendre les personnages stupides et ses intrigues vraiment ridicules, Gossip Girl garde le savoir faire des séries américaines. Sans spoiler, le final est de la même veine que celle de Desperate Housewives : une fin qui termine bien mais gentiment ouverte.


Avis général :

Gossip Girl est un soap opéra plus particulièrement destiné aux adolescentes avec tous les ingrédients modernes pour que ça fonctionne auprès des jeunes. La recette devient très rapidement répétitive, les histoires creuses comme des assiettes à soupe, comme dans tous les produits du genre mais la distraction reste tout de même présente jusqu'à la fin. A défaut d'être régulière et être une bonne série de manière globale, Gossip Girl est tordue mais pas de manière toujours jouissive tant elle est en manque de second degrés et de cynisme. Ce sera finalement la relation entre Chuck et Blair que l'on savourera le plus jusqu'à la fin dans la série car elle est plutôt tordue et prend des tournures les plus inattendue. Leur histoire et leurs psychologies sont ce qu'il y a de mieux écrite par les scénaristes. Leurs intrigues également sont de loin les plus impalpable et réussis. La composition excessive mais juste de Leighton Meester (Blair Waldorf) maîtrise parfaitement son personnage jusqu'à la fin. Les personnages secondaires comme Georgina ou encore Jack Bass sont ceux qui sont les plus savoureux et du coup qui jouent bien en apportant un bien fou à tout cela. Mais la plus grande surprise vient d'Ed Westwick (Chuck Bass), excellent acteur qui instaure charisme et une diction étonnante apportant ce qu'il manque tant à la série : une touche atypique.

Dommage que les bons sentiments sucrent parfois ce plaisir coupable rendant parfois le pudding indigeste, notamment la saison 3 qui donnerait des caries à nos pupilles et même nos tympans. Gossip Girl c'est clairement Les feux de l'amour réactualisé pour les jeunes, donc regardable. Si de manière formelle ça fonctionne plutôt bien : moderne, efficace et distrayant cette série ne marquera pas les annales pour son fond qui manque cruellement de se renouveler et d'innover. Dans son genre cette série reste généreuse et garde quand même le cap. Le public féminin a de très grandes chances d'aimer ou même d'adorer. Les garçons eux la suivront (avec grande chance en compagnie de leur petite amie pour lui faire plaisir) sans difficultés mais à condition de s'armer de plusieurs degrés de lecture. Effectivement ces manipulations sentimentales, même si elles sont souvent répétitives, sont quand même menées de manière générale à tambour battant. Cela attise la curiosité. Les références fusent, on observera un titre de film détourné à chaque épisode, ou encore pas mal de morceaux de musiques à la mode qui sont présents pour rendre le tout générationnel et avec des choix pas si morne que cela.

Si vous voulez une série satyrique, avec un regard tranchant, des émotions viscérales, de la subtilité et surtout du fond, Gossip Girl n'est absolument pas pour vous. D'ailleurs ce n'est pas ce que vend la série même si parfois on pense que c'est un peu un gâchis de ne pas faire plus vachard avec une idée pareille. La mise en scène est vraiment similaire au feu de l'amour (décors, scotch et problème de riche) avec du rythme et des acteurs qui font le boulot de manière globale assez bien. Gossip Girl est une série sentimentale avant tout, axée sur la mode, les potins, la visite guidée de la bourgeoisie et de la ville à New York. Une série distrayante mais dispensable et victime de rallongements avec son fulgurant succès que les fans ne pourront pas négliger.


Note générale : 5,6 / 10

samedi 6 septembre 2014

Twin Peaks (intégrale)



Mon avis sur les saisons 1 et 2

Synopsis :

Un meurtre a été commis a Twin Peaks, une petite bourgade de l'État de Washington en apparence tranquille. La jeune Laura Palmer est retrouvée morte nue au bord d'un lac, enveloppée dans du plastique. L'agent spécial du FBI, Dale Cooper, envoyé sur place pour démasquer le coupable, mène l'enquête avec le soutien du shérif local, Harry Truman. Ces investigations les amènent à révéler au grand jour les sombres secrets des uns et des autres. Pendant ce temps d'inquiétants phénomènes se produisent...


Genre : Lynch sans lynchage.

Créée par Mark Frost et David Lynch, cette remarquable série est un must incontournable à savourer sans modérations. Aux premières allures d'un soap opéra des années quatre-vingt, Twin Peaks possède un merveilleux et unique scénario qui mêle le style Lynchéen, pas toujours très accessible, et celui de Frost, qui l'est beaucoup plus. Avec une intrigue palpitante ainsi qu'une galerie de personnages charismatiques, cette série ne laisse indifférente le spectateur pour son cachet unique. Une série justement culte.

Tout commence par un pilote d'une heure trente signé David Lynch à la réalisation. L'intrigue, les personnages de toute la petite bourgade de Twin Peaks sont présentés et posés avec légèreté et ambiguïté avec une grande élégance. Le spectateur tombe sous le charme de l'enquête, du mystère mais aussi l'inéluctable Dale Cooper, campé par Kyle MacLachlan. Avec beaucoup d'humour et d'humanité, ce genre de Sherlock Holmes moins arrogant et plus flegmatique est pour le moins attachant et identifiable aux yeux du public pour pénétrer dans l'univers de la ville étrange de Twin Peaks.

Le scénario dépeint une galerie de personnages qui ont tous des secrets plus ou moins cachés. Que ce soit dans leur passé, leur différentes tensions ou liaisons les uns avec les autres ou encore les trafics de drogue, d'argent,... le quotidien. Seulement à Twin Peaks, il se passe des phénomènes fantastiques. Les esprits de la forêt sont dans les croyances du bourg, un peu comme chez les indiens des Etats-Unis. Beaucoup de personnages sont assez étranges à leur manière, la femme à la bûche en tête de la liste. Le scénario nous met en bouche progressivement ces différents mystères. Ces derniers, paranormaux ou simplement policiers, sont dépeints sous une plume aussi légère qu'intriguante avec une totale maîtrise du suspense. Si l'intrigue est remplie de rebondissements, en ce qui concerne le suspect sur la mort de Laura Palmer, c'est toute la ville qui possède des détails étranges et qui font susciter le plus d'interrogations, le plus grand suspense du côté du téléspectateur.

Le scénario est remarquablement intrigant. Une mécanique merveilleusement équilibrée et orchestrée crée dans un univers à la fois étrange et réaliste, aidé par une bande son légère, mystérieuse et étrange. Le thème du compositeur attitré de Lynch, Angelo Badalamenti, illustre parfaitement le ton de la série, bien que quelques instrumentations font penser à du kitch des années quatre vingt. A l'aide d'un casting assez judicieux, on a droit autant à des personnages caricaturaux que de personnages atypiques et louches.

La première saison est un régal d'écriture, de suspense et d'initiation dans une vaste intrigue qui ouvre une multitude de pistes fascinantes, repoussant un peu plus les limites de la narration d 'épisode en épisode. Elle se termine sur un suspense intenable comme dans les grandes séries, ou rien est prévisible. On peut dire qu'il y a une différence entre les deux saisons. Alors que dans la première, Lynch était complètement impliquée dedans, la deuxième fut marqué par le désintéressement du réalisateur de Blue Velvet par l'obligation de révéler le coupable à la moitié de la deuxième saison par la production. Mark Frost et David Lynch ont donc suivis les instructions à contre cœur. Jusqu'à la révélation inattendue et génialissime, l'intrigue reste du calibre de la précédente saison : magistrale. Pour la suite, il a fallut offrir au public une autre intrigue pour tenir l'intérêt de la série jusqu'à la fin. Avant d'avoir un final quasiment cent pour cent Lynchéen, tous les épisodes sont majoritairement signés Mark Frost au scénario. L'intrigue est beaucoup moins dense et reste plus proche des personnages auquel le public s'est heureusement attaché. On dissocie bien plus largement le paranormal Lychéen et le côté léger et soft de Frost. Si tout se suit agréablement par une écriture plus qu'honorable, cette deuxième partie de la saison deux laisse un léger goût d'inachevé. On reste déçu par cette contrainte qui a en quelque sorte coupé l'herbe sous les pieds des créateurs.

Twin Peaks reste tout de même une excellente série car l'univers, les différentes intrigues ouvertes par le scénario sont tellement fascinantes, prenantes que le spectateur savoure chaque instant qu'on lui propose. Une série friandise devenue sepuis le temps une œuvre charnière qui a donné inspiration et naissance à nombreuses grandes séries actuelles notamment Desperate Housewives dans le plus connu, ou même la dernière anglaise Broadchurch. Twin Peaks réussi la prouesse à l'époque de démontrer, et cela plus de vingt ans avant notre ère, que la série peut-être d'aussi bonne facture que des grands films par un développement qui va encore plus loin sans jamais épuiser les ficelles. Les grands charmes de la série restent jusqu'à la fin, dont particulièrement de ne pas prendre son public pour un idiot.

Pour ma part cette grande série prouve qu'avec une simple intrigue on peut toujours repousser les limites, surprendre et fasciner. Lynch est un cinéaste il faut avouer à la fois capable de signer un film purement d'auteur (Mulholland drive) ou tout ce qui a de plus classique (Elephant Man). Frost a donné plus d'accessibilité au style de Lynch et inversement Lynch a donné toute ampleur fantastique au ton de Frost. Les deux auteurs ont fait un travail très complémentaire pour notre plus grand plaisir.

Si Twin Peaks est une savoureuse série, le film homonyme, uniquement signé par Lynch, est à mon goût trop Lynchéen. Twin Peaks : Fire walk with me vire plus à un exercice de style, un essai sensoriel axé plus sur l'étrange, le paranormal de la série que sur les personnages et l'intrigue de la série. Tout le film est un travail de montage assez impressionnant et très obscur, peut-être même plus que ses films les plus tortueux. Les fans purs et durs du cinéaste trouveront leur bonheur, les autres seront sans doute déçus et pourront sans problème se rabattre sur la série beaucoup plus homogène et moins anxiogène.

Dans tous les cas, Twin Peaks est une pièce maîtresse de la télévision, une série culte à voir absolument et à ne pas négliger actuellement en pleine explosion du domaine ces dernières années. Je peux vous assurer qu'elle est loin d'être has-been. Une référence sûre.







Mon avis sur la saison 3

Genre : Lynchage complet.


Fallait-il vraiment faire revivre la série mythique des années 90, vingt-cinq ans plus tard ? C'est la question que je me suis posée devant cette troisième saison qui m'a dérouté, déçu et très souvent agacé.

Après sa tentative de série ratée avec Mulholland Drive (qui sera finalement un film charnière du cinéaste), David Lynch tenait à tenir sa revanche artistique sur le petit écran. On peut dire qu'il se donne corps et âme pour affirmer sa liberté totale. Sa revanche est bien là avec cette saison où il est seul aux commandes. Seul oui car il n'y a pas l'once du classicisme (essentiel) qu'apportait Mark Frost à la série originale. Les deux auteurs s'étaient brouillés à l'époque, et je doute qu'ils ne se soient mieux entendus, tant tout est purement Lynchéen. Cette saison passe donc du côté de la Black Lodge

Si les défenseurs (et ils sont nombreux) diront que c'est une oeuvre d'art, je n'ai trouvé dans ce souk lynchéen qu'un délire pédant et tortueux de plus de dix-huit interminables heures. Chaque épisode ne cherche que constamment à aller à contre courant de toutes productions cinématographiques et séries télévisuelles actuelles. Comme souvent chez Lynch, il a le mérite d'être radical et c'est certainement ce qui est le plus remarquable dans cette saison mais aussi dans notre époque actuelle, de plus en plus balisée. Seulement le cinéaste est devenu une caricature de lui-même. Pire même, il est hautain, aigrit, et paradoxalement à ce que voudrait être cette série, complètement dépassé et démago. Parfois c'est au point de vraiment se foutre de la gueule du monde car il faut voir sa direction artistique, l'indécence des dialogues et de sa direction d'acteur minable (pour rester gentil). Formellement, il a eu les yeux plus gros que le ventre, le budget n'est jamais ajusté à la taille de ses ambitions. Résultat : c'est moche et souvent cheap. Sa suggestion était la force de ses chefs d'oeuvre et même le mystère de la série originale, il n'en a rien retenu.

Son dernier film Inland Empire était son film de trop car il refait ce qu'il a déjà fait auparavant en moche, chiant et prétentieux. Exactement comme cette saison 3, soit le délire de trop qui ne se renouvelle pas et n'offre que de la haine au système actuel avec un regard pour le moins méprisant. Voilà mon sentiment devant ce "truc" indigeste, et pourtant j'aime des films de Lynch. Je suis désappointé d'avoir eu a supporter si longtemps un délire qui démystifie l'univers et la série originale mais aussi un cinéaste que j'apprécie à la base beaucoup. Une immense déception pour l'exécution publique d'une série mythique et surtout de dix-huit heures que j'aurais préféré consacrer à autre chose que tout ce qui se passe par la tête de Lynch. Autant revoir le film Twin Peaks, de très loin bien plus intéressant cinématographiquement, plutôt que de suivre ce chemin de croix d'un cinéaste qui se prend avant tout pour Dieu. 


PS: Une récente ressortie en blu ray vaudrait l'investissement pour sa restauration, d'après les critiques. A voir donc.  

dimanche 20 juillet 2014

Blackpool (intégrale)



Synopsis :

Ripley Holden rêve que sa petite ville de Blackpool devienne l'antre du divertissement notamment par l'agrandissement rapide de sa salle de jeux. Seulement en ouvrant sa salle un matin, la découverte d'un cadavre vient perturber son ambition. L'inspecteur Carlisle est chargé de l'enquête.

Genre : Ovni audacieux.

Voir David Tennant et David Morrissey chanter en playback sur des tubes anglais fait de la série Blackpool une indéniable curiosité pour le spectateur. Avec un format court de six épisodes d'une heure, cette production BBC est un produit typiquement anglais, honnête et original qui vaut bien le coup d’œil.

Sans être inoubliable, cette série est assez ovni dans son genre et son traitement. Dès le départ elle possède des clichés tellement appuyés et assumés que l'on prend tout vite au second degrés et qu'on se focalise plus par le talent des acteurs, des excellents dialogues ainsi que des numéros musicaux, plutôt funs. Si le fond et la trame principale n'ont absolument rien de novateurs et d'originaux, l'écriture vaut la peine de s'y attarder quand même dessus car cette dernière est tout l’intérêt de la série. Elle se repose sur la psychologie de la famille Holden ainsi que celle de Ripley qui éclate au grand jour du début à la fin. David Tennant interprète le policier qui pique la femme de ce dernier et enquête plus sur la famille Holden que sur le meurtre. Avec une certaine parcimonie le scénario réussi à rendre ce qui aurait pu être complètement ridicule assez crédible par un style juste et enlevé dont seul les anglais sont capables de faire. Les musiques collant parfaitement à la narration, l'originalité est plus dans le style du scénariste Pete Bowker à amener les choses par son imprévisibilité que dans l'enquête policière.

Mêlant l'humour, l'émotion ainsi que le dramatique Blackpool est un cocktail typiquement british plaisant. La série souffre d'un rallongement flagrant sur l'intrigue principale dont on regrette souvent plus de coupures : un ou deux épisodes en moins ne seraient pas vraiment gênant tout comme une révélation finale un peu mieux amenée. Cependant les acteurs, et particulièrement David Morrissey, s'en donnent à coeur joie d'alourdir les points positifs de l'autre côté de la balance avec une interprétation pour le moins grandiose. Les numéros musicaux ne sont pas tous très bien mis en scène mais l'ambiance générale et le ton de la série emporte rapidement tout sur son passage et gomme beaucoup de défauts. Comme il n'y a vraiment que les anglais capable de produire ce genre de série, original, bien joué et honnête : on ne va pas y cracher dedans.

A défaut d'avoir un scénario béton et une virtuosité comme la plupart des grandes séries, Blackpool est une série ovni, unique par son culot et son audace qui en surprendra plus d'un. Un exemple à suivre plus souvent par les producteurs.


Note : 6/10

jeudi 5 juin 2014

Braking Bad (intégrale)



Synopsis :

Quand Walter White, modeste professeur de Chimie, apprend qu'il a un cancer incurable, il se lance avec l'aide d'un de ses anciens élève Jesse Pinkman dans la création de méthamphétamine...


Genre : Chimiquement vôtre.

Breaking Bad est une série avec des qualités, des tours de forces indéniables que je ne peux que saluer. Seulement je la trouve beaucoup trop irrégulière cela dût à un allongement, un étirement sans doute un peu commercial qui donne un goût un peu un arrière goût galvaudé. Les nombreuses lenteurs décèlent les rouages de la mécanique, pourtant très bien huilé sur le papier. La série a la grande qualité de jouer en permanence jusqu'à la fin avec les nerfs du spectateur cela notamment grâce aux personnages qui évoluent sans cesse progressivement de l'américain basique au personnage complètement antipathique. Le scénario de Breaking Bad est surtout cohérent avec son thème principal : la chimie.

Le scénario est un immense assemblage de pour et de contre du bien et du mal, un peu comme une expérience qui va d'un point A un point B. Si les nuances à mon goût ne sont pas assez appuyées et à la limite de l'incohérence, tout reste en totale alchimie et les ressorts sont orchestrés de manière plus ou moins efficace et précise. Seulement je suis plus resté un simple observateur devant toute la série, un peu comme devant un tube à essai car les ressorts du scénario sont tout ce qui de plus mathématiques, froids et trop calculés. Rapidement il manque le charme d'une œuvre écrite par un auteur qui a le sens de l'imperceptible et du virtuose. Les différents rallongements font ressortir toutes les coutures du fil narratif ainsi que les différentes intentions du scénario ce qui donne plutôt l'impression de regarder une série bien faite et ambitieuse mais hélas stagnante. Un peu comme pour la psychologie des personnages, l'intrigue n'est jamais franche et bien trop peu ambigüe. Le spectateur reste simple suiveur d'une expérience chimique. Si les intentions veulent en permanence distancer les différents personnages du spectateur, il en est de même pour l'intrigue. On ne s'implique donc pas dans Breaking Bad on su(b)it souvent l'action qu'on entre ou pas dans la série. L'originalité et le professionnalisme éblouit beaucoup et porte admiration mais on reste toujours loin de ses personnages sombres au final, loin du potentiel installé. L'immersion et le parti prit (bon ou mal) était pour ma part un peu plus que nécessaire dans une série si allongée.

Si le concept de la série est bon, l'interprétation de manière générale irréprochable et ponctués de beaux morceaux de bravoures dans certains épisodes au niveau du suspense, Breaking Bad est de manière générale une série qu'on admire derrière une vitrine. S'il est vrai que c'est une nouvelle fois cohérent avec son thème, ça ne lui donne pas le poids face à des grandes séries qui ont un vrai ton d'auteur et une intrigue dense. Avec un fil conducteur si cynique, si riche en possibilités et ponctués de bonnes trouvailles, il est bien dommage que cela soit désamorcés par ce manque d'ambition, d'un parti prit plus manipulateur. Avec la recette de toujours vouloir distancer le spectateur, la série ne s'avère qu'une série calculée ou raisonnée comme celle d'une formule chimique. Des films avec des personnages antipathiques comme Scarface de De Palma ou dernièrement Le Loup de Wall Street de Scorsese utilisent un point de vue complètement distant avec un regard acide et cette méthode est tout à fait justifiée et même indispensable. Pas vraiment dans Breaking Bad car les intentions finales se veulent plus émouvantes que celle du simple poisson rouge qu'on critique à tourner en rond dans son bocal.

Les personnages eux aussi sont sans cesse présentés au spectateur avec une totale antipathie. Le scénario nous jette un peu à la figure le bon et mauvais côté des personnages afin de les suivre comme des cobayes tout le long. Hélas tout ne fonctionne pas au niveau des intentions finales au niveau de leur psychologie. Si l'étude humaine de manière générale est plutôt bien pensée et bouclée, l'écriture est tellement diluée, allongée que les personnages ont des réactions et une psychologie qui manque de nuances. Ce sera Blanc ou Noir et jamais gris. Seul le personnage de Mike reste un peu ambigu, élégant et mystérieux à souhait, ainsi que le flegmatique Gus Fring, mafieux pour le coup vraiment inoubliable.

Effectivement cet étirement, ces lenteurs et cette distanciation abusive font faire des évolutions brutales qui sautent parfois aux yeux. Skyler change de camps presque sans aucune étape, Hank ne veut que son enquête en terrain sans quoi il se transforme en bête inhumaine envers sa femme. On aura aucun développement sur ses crises. Jesse change du dealer pervers en émotif amoureux et Walter est borné tout le temps dans la morale du bon père de famille, alors qu'il possède une sorte de schizophrénie d'un homme mauvais qui ressort en coup de folie de temps à autre. Outre son ego et ses actes meurtriers rien ne sera plus développé. Toutes ses différentes émotions resteront enfouies en lui jusqu'à la fin. Une sorte de bombe qui n'explose jamais. Si le tour de force de rendre Walter White attachant et de plus en plus détestable est globalement réussi, il est toujours le cobaye du script et finalement un personnage assez raté psychologiquement. Ces changements de comportements et de psychologies sont de manière générale très grossiers sur chaque personnage, ils sont amenés avec très peu de crescendo de tacts et de subtilités. Ce qui amène a un spectacle un peu frustrant, mais pas dans le bon sens du terme.

Beaucoup d'épisodes traînent en longueur et mettent du coup en valeur les rares moments de suspense que l'on trouve du coup grandiose. Avec le recul ces derniers moments sont simplement un peu plus mouvementés comparés au reste. On remarquera tellement peu de suspense de manière générale qu'outre les trois derniers épisodes de la saison quatre ainsi que l'épisode quatorze de la saison cinq que tout de suite le suspense peut vite grandir avec un scénario plus compressé. Le scénario qu'on désirerait avoir dès le départ. Une recette assez anecdotique au final dont on s'aperçoit que Breaking Bad possède avant tout sur un scénario malin et surtout avec des accroches en début et fin d'épisode ainsi que de ses saisons qui donnent envie de voir la suite, même si on s'est ennuyé tout un épisode. La recette est particulièrement abusée du début à la fin.

Cependant la série a tout de même le mérite d'être dans son ensemble régulière, cohérente et sait également s'arrêter quand il le faut. Si la troisième saison est inférieure en nous offrant uniquement une palpitante fusillade, elle est quand même à l'image de la série : trop irrégulière pour être savoureuse. Alors que l'épisode pilote dégageait un léger ton des frères Coen, ce dernier s'évapora très vite car Breaking Bad n'a rien à voir avec un scénario d'auteur. Le ton est bien plus proche d'un chimiste, d'un artisan au bon savoir faire calculé que celui d'un cinéaste doué et authentique. Si cela reste de manière globale bien fait, bien conçu et bien mené, il faut le petit plus que les calculs mathématiques pour faire le script d'un film ou d'une série. Le concept a séduit du monde, je conçois, mais ce n'est ni mérité, ni démérité.

S'il existait une formule précise pour faire un bon film ou une bonne série, je pense que pas mal de producteurs se la disputeraient. Breaking Bad n'est pas une bonne, ni une mauvaise série elle est simplement originale et unique de nos jours par son ambition. Pour ma part même si elle a un charme séduisant, cette série est trop calculée, anecdotique et ennuyeuse pour qu'elle entre dans mes favorites.

Moyenne générale : 5,8 /10